En septembre, on installe des routines. En novembre, il n'en reste souvent qu'une ou deux, et on se dit que cette classe-là n'est pas réceptive.

Ce n'est presque jamais la classe. C'est la façon dont on les a installées.

Ce qu'est vraiment une routine

Une routine n'est pas une habitude qu'on espère voir apparaître. C'est une séquence courte, toujours la même, toujours dans le même ordre, déclenchée par un signal fixe.

Trois à cinq étapes, pas davantage. Un signal qui ne change pas. Et une fin identifiable, pour qu'on sache qu'on y est arrivé.

Si l'une de ces trois conditions manque, ce n'est pas une routine, c'est une consigne qu'on répète. Et une consigne qu'on répète demande votre présence chaque fois, ce qui est exactement ce qu'on cherchait à éviter.

Pour qui cela change le plus

Pour tout le monde, mais pas au même degré.

Un élève autiste dont la journée n'est pas prévisible passe une partie de son énergie à guetter ce qui va arriver. Le prévisible n'est pas un confort pour lui, c'est ce qui rend l'apprentissage possible, et les transitions sont le moment le plus coûteux de sa journée.

Un élève anxieux fonctionne pareillement : ce qu'il redoute n'est pas la tâche, c'est de ne pas savoir ce qui vient. Une routine bien installée retire une partie de cette charge sans qu'on ait rien à lui dire.

Un élève avec un TDAH, lui, ne perd pas la consigne parce qu'il n'écoute pas, mais parce qu'elle s'évapore. Une séquence toujours identique n'a plus besoin d'être retenue.

Et les autres élèves y gagnent aussi, simplement moins visiblement.

Comment on en installe une

C'est la partie qu'on saute presque toujours, et c'est la seule qui détermine si la routine tiendra.

Une seule à la fois. La tentation de septembre est d'en lancer dix. Aucune ne s'installe, parce qu'aucune n'a reçu assez d'attention. Une nouvelle routine toutes les trois semaines suffit largement.

On la découpe en étapes visibles. Écrivez les trois ou quatre étapes, affichez-les, et gardez cet affichage bien après que tout le monde semble savoir faire. C'est au moment où l'on retire l'affichage que la routine se délite.

On la montre avant de la demander. Faites-la vous-même, à vide, devant la classe. Puis faites-la faire par un élève pendant que les autres regardent. Cela paraît enfantin, même au secondaire, et cela fonctionne précisément parce que personne ne le fait.

On s'entraîne quand on n'en a pas besoin. C'est le point le plus contre-intuitif. Répétez la routine de rangement un mardi matin où tout va bien, pas un vendredi à seize heures trente où la classe est déjà partie. Une compétence ne s'acquiert pas en situation de tension.

On garde le même signal. Si la clochette devient un mot, puis un geste, puis un haussement de voix, l'élève doit réapprendre à chaque fois. Le signal est la moitié de la routine.

On compte trois semaines. Avant cela, ne concluez rien. Beaucoup de routines sont abandonnées le dixième jour, juste avant le moment où elles auraient commencé à fonctionner.

Les quatre qui rapportent le plus

Si vous n'en installez que quatre dans l'année, prenez celles-ci.

  • L'entrée en classe. Poser ses affaires, regarder l'emploi du temps, commencer l'activité courte affichée au tableau. Pendant ces cinq minutes vous êtes libre : vous faites l'appel, vous parlez à celui qui n'allait pas bien hier.
  • Le démarrage d'une tâche. Toujours le même canevas : le matériel, l'action, le but, le temps disponible. Dans cet ordre, à chaque fois. Les élèves finissent par anticiper la suite, et vous n'avez plus à répéter.
  • La transition. Un signal, une annonce deux minutes avant, un rangement, le matériel suivant déjà prêt. Une journée de primaire compte vingt à trente transitions : c'est là que le temps disparaît.
  • La sortie. Rangement avec des repères clairs, et une phrase de clôture identique chaque jour. Une journée qui se termine proprement commence mieux le lendemain.

J'ajoute une cinquième, que je considère comme la plus rentable de toutes et dont j'ai parlé ailleurs : la procédure à suivre quand on est bloqué. Elle mérite son propre développement, dans mon article sur la classe hétérogène.

Les supports visuels, et leur condition

Emploi du temps illustré, affichages d'étapes, fiches de tâche, minuteur visuel. Ils rendent les attentes explicites et réduisent le nombre de fois où il faut vous solliciter.

Avec une réserve, la même que pour tous les supports visuels : un pictogramme ne se comprend pas tout seul. C'est un langage, et il s'apprend. Montrez à quoi il sert et comment on s'en sert, gardez les mêmes d'une fois sur l'autre, et résistez à l'envie d'en ajouter. C'est la régularité qui les rend lisibles, pas leur nombre. J'ai réuni ces adaptations dans une vidéo.

Ce qu'il vaut mieux éviter

  • En lancer plusieurs à la rentrée. Vous n'en tiendrez aucune.
  • Changer le signal en cours d'année parce que le précédent vous lasse.
  • Suspendre la routine les jours chargés. Ce sont précisément les jours où elle sert.
  • En faire une question morale. Un élève qui ne suit pas la routine ne manque pas de respect : il ne l'a pas encore apprise.
  • Retirer l'affichage dès que ça semble acquis.

Ce que ça coûte

Une quinzaine de minutes par jour pendant deux à trois semaines, pour chaque routine.

C'est un vrai investissement, et il tombe au pire moment de l'année, quand le programme presse déjà. Mais c'est du temps qui revient ensuite tous les jours, et c'est l'un des rares endroits de ce métier où le calcul est aussi net.

Une routine bien installée transfère le travail d'organisation de vous vers les élèves. C'est le sens même de l'autonomie : non pas les laisser se débrouiller, mais leur donner une procédure qu'ils peuvent exécuter sans vous.

Un dernier mot

Installer des routines ne fige pas une classe. C'est le contraire : plus le cadre ordinaire est stable, mieux la classe encaisse l'imprévu, la sortie annulée, le remplaçant, l'élève en crise.

Si vous voulez qu'on regarde quelles routines conviendraient à votre contexte, voilà comment je travaille avec les équipes.

Pour approfondir

  • Éduscol (nouvel onglet), le portail du ministère de l'Éducation nationale français, réunit les ressources pour enseigner aux élèves à besoins éducatifs particuliers, dont la plateforme Cap école inclusive, en accès gratuit.
  • Le Référentiel sur le bien-être de l'élève (nouvel onglet), publié par le ministère de l'Éducation du Québec, propose une boîte à outils gratuite pour le personnel scolaire, avec une section sur les pratiques éducatives et le climat de classe.