Un élève qui lit lentement. Un autre dont le cahier est illisible. Un troisième qui ne retient aucune table de multiplication malgré des heures de travail à la maison.

On met le même mot sur les trois, « dys », et c'est déjà une erreur. Ce sont des troubles différents, qui demandent des gestes différents. Mais ils ont un point commun qui compte plus que tout le reste : aucun ne relève de la paresse, et aucun ne disparaît avec de la bonne volonté.

Cinq troubles, et ce qui les distingue

Les troubles dys sont des troubles cognitifs durables qui touchent une fonction précise de l'apprentissage. L'intelligence n'est pas en cause. Le fonctionnement neurologique l'est.

  • La dyslexie touche la lecture : reconnaissance des mots, fluidité, et par ricochet la compréhension, parce qu'un élève qui dépense tout pour déchiffrer n'a plus rien pour comprendre. C'est le trouble le plus fréquent, et j'y ai consacré une vidéo.
  • La dysorthographie touche l'orthographe, et accompagne très souvent la dyslexie. Les règles sont sues, elles ne s'appliquent pas au moment d'écrire.
  • La dyscalculie touche le sens du nombre avant l'opération : combien font 7 et 5, quel nombre est le plus grand, où se place un résultat. Ce n'est pas un problème de mémorisation des tables, même si c'est par là qu'on la repère. Là aussi, une vidéo lui est consacrée.
  • La dyspraxie, aussi appelée trouble développemental de la coordination, touche la planification du geste : écrire, découper, aligner une opération, organiser sa feuille. Je lui ai consacré un article entier, parce que c'est le trouble le plus souvent confondu avec un manque de soin.
  • La dysphasie touche le langage oral, en compréhension, en expression, ou les deux. Elle passe souvent pour de la timidité ou de la lenteur. J'en parle ici.

Une chose qu'on oublie presque toujours : ces troubles viennent rarement seuls. Un même élève cumule fréquemment une dyslexie et une dysorthographie, ou une dyspraxie et une dyscalculie. C'est ce cumul qui produit l'épuisement, plus que chaque trouble pris séparément.

On adapte un obstacle, pas une étiquette

C'est le point que je défends le plus souvent en salle des maîtres, et celui qui change le plus de choses.

Vous n'avez pas besoin de savoir lequel des cinq mots s'applique à votre élève pour commencer. Vous avez besoin de savoir ce qu'il n'arrive pas à faire. Un élève dyslexique et un élève dyspraxique ont tous les deux besoin qu'on allège l'écriture, pour deux raisons neurologiques différentes. Le geste que vous posez est le même.

Cela veut dire deux choses. D'abord, vous pouvez agir avant le bilan, dès la première semaine. Ensuite, le jour où le diagnostic tombe, il confirme surtout ce que vous aviez déjà vu.

Ce qui aide vraiment

  • Alléger le geste d'écriture. Des documents à compléter plutôt que des copies du tableau, des textes à trous, des étiquettes à coller, et l'accès au clavier plus tôt qu'on ne le croit. Le clavier ne remplace pas l'apprentissage de l'écriture, il évite qu'un élève passe la moitié de son énergie à former des lettres. Voici comment j'aborde le français avec ces élèves.
  • Aérer les documents. Une police courante sans empattement, un interligne large, un espacement entre les mots, une consigne par ligne. Cela paraît minuscule, et c'est ce qui produit le plus d'effet. J'y reviens plus bas, parce qu'il y a une idée reçue à écarter.
  • Donner le sens avant le texte. Dites de quoi parle le texte avant de le faire lire. Un élève dyslexique qui sait où il va déchiffre mieux, parce qu'il peut anticiper les mots. Ce n'est pas de la triche, c'est du contexte.
  • Manipuler avant d'abstraire, en mathématiques. Du matériel concret, des schémas, une seule opération par ligne, un quadrillage pour aligner les chiffres. Beaucoup d'erreurs de calcul sont en réalité des erreurs de placement.
  • Accepter l'oral comme preuve. Si l'objectif est de savoir si l'élève a compris, l'écrit n'est qu'un moyen parmi d'autres, et c'est précisément celui qui lui coûte le plus.
  • Ne pas compter deux fois la même difficulté. Un élève dysorthographique qui perd des points d'orthographe dans une évaluation d'histoire est évalué deux fois sur son trouble. Décidez à l'avance ce que la note mesure, et n'en sortez pas. Ma vidéo sur les évaluations inclusives part de là.

Ce qui ne sert à rien

  • Acheter une police « dys ». C'est le conseil le plus répandu, et les études ne le soutiennent pas. Les résultats sont contradictoires selon les travaux, et surtout : quand on donne à une police courante comme Arial le même espacement qu'à une police « dys », l'avantage disparaît. Ce n'est donc pas le dessin des lettres qui agit, c'est l'espace autour. Gardez votre argent, augmentez l'interligne et l'espacement entre les mots.
  • Faire recopier au propre un travail déjà fait. Le coût est énorme, le bénéfice nul.
  • Corriger toutes les fautes. Une copie entièrement rouge n'apprend rien et décourage beaucoup. Choisissez une règle, corrigez celle-là.
  • Dicter plus lentement. Le problème n'est pas la vitesse d'écoute, c'est la transcription. Dicter lentement allonge simplement l'épreuve.
  • Attendre le bilan pour aménager. Les délais se comptent souvent en mois. Pendant ce temps l'élève continue d'aller à l'école tous les jours.

Ce que ça demande

Rien à acheter, rien à préparer de neuf. Ce qui coûte, c'est de refaire ses documents une première fois, puis de tenir.

Un conseil qui m'a été donné et que je transmets toujours : ne refaites pas tout votre matériel d'un coup. Reprenez-le au fur et à mesure, séance par séance, en aérant au passage. Au bout d'une année vous avez un stock entièrement lisible, sans avoir jamais eu de gros travail à faire, et ce stock sert à toute la classe.

Un dernier mot

Aucun de ces aménagements n'avantage l'élève concerné aux dépens des autres. Une feuille aérée, une consigne par ligne, un texte annoncé avant d'être lu : tout le monde y gagne, et les élèves fragiles sans diagnostic, qui sont nombreux et qu'on ne repère jamais, y gagnent le plus.

Je suis enseignante spécialisée, pas logopédiste ni médecin. Je ne pose pas de diagnostic et je ne conduis pas de rééducation. Ce dont je parle ici, c'est de la classe. Si vous voulez qu'on regarde une situation précise ensemble, voilà comment je travaille avec les équipes.

Pour approfondir

  • L'aDsr, (nouvel onglet) Association dyslexie Suisse romande, couvre malgré son nom l'ensemble des troubles dys et met à disposition beaucoup d'information pratique sur les aménagements scolaires, canton par canton.
  • L'APEDA, (nouvel onglet) en Belgique, détaille le cadre des aménagements raisonnables, de l'enseignement obligatoire à l'enseignement supérieur. C'est la référence pour comprendre à quoi un élève a droit en Belgique francophone.

Si vous vous demandez où se situent les troubles dys par rapport au TDAH et à l'autisme, j'ai écrit un article pour s'y retrouver : Troubles des apprentissages : s'y retrouver entre dys, TDAH et autisme.