La dyspraxie reste l'un des troubles les moins bien compris de l'école. On voit des cahiers brouillons, des affaires perdues, des copies illisibles, et on conclut trop vite au manque d'application. Ce qui coûte à ces élèves, pourtant, ce n'est pas l'envie de bien faire : c'est le geste lui-même.
Ce que la dyspraxie change au quotidien
La dyspraxie touche la planification et l'exécution des gestes. Écrire, découper, se servir d'une règle, ranger son sac, s'habiller pour la gymnastique : chacun de ces gestes, devenu automatique pour la plupart des élèves, demande ici une attention consciente et coûte de l'énergie.
La conséquence est double. D'abord une fatigue considérable, qui tombe souvent en fin de matinée et que rien, en apparence, ne justifie. Ensuite un décalage constant entre les connaissances réelles et ce que la copie laisse voir. C'est ce décalage qui trompe, et qui conduit à sous-estimer durablement des élèves qui ont compris.
Les signes qui doivent alerter
- une écriture lente, irrégulière, parfois douloureuse, qui se dégrade en fin de ligne ou en fin de journée ;
- des difficultés à organiser l'espace de la feuille : marges ignorées, colonnes mélangées, opérations mal alignées ;
- du matériel qui tombe, un sac qu'il faut refaire plusieurs fois, des affaires régulièrement introuvables ;
- une maladresse qui étonne, alors que le raisonnement est juste à l'oral ;
- une fatigue massive, sans explication apparente.
Aucun de ces signes ne suffit à lui seul. C'est leur accumulation, et surtout leur persistance malgré les efforts, qui doit conduire à en parler avec la famille et avec le réseau. L'Association dyslexie Suisse romande (nouvel onglet) met à disposition des documents que vous pouvez transmettre aux familles.
Ce qui aide vraiment en classe
- Alléger le geste d'écriture. Des documents à compléter plutôt que des copies du tableau, des textes à trous, des étiquettes à coller. Le but n'est pas d'écrire moins, c'est d'écrire là où cela compte.
- Donner accès au clavier, et tôt. Attendre le secondaire est une erreur fréquente. L'ordinateur ne remplace pas l'apprentissage de l'écriture, il rend possible le travail pendant que celui-ci se poursuit.
- Soigner la présentation des documents. Une police sans empattement, un interligne généreux, une consigne par ligne, et des repères visuels qui ne changent pas d'une feuille à l'autre.
- Découper les consignes longues. Une consigne qui enchaîne trois actions demande de planifier trois gestes. Séparez-les, numérotez-les, laissez-les sous les yeux.
- Évaluer ce que vous vouliez évaluer. Si l'objectif est la compréhension d'un texte, la mise en page ne doit pas coûter de points. Cette phrase paraît évidente ; elle est pourtant rarement appliquée.
- Annoncer le temps disponible. Le temps supplémentaire n'aide que s'il est dit à l'avance. Découvrir en cours d'épreuve qu'on est en retard annule le bénéfice de l'aménagement.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- faire recopier au propre un travail déjà fait : le coût est considérable, le bénéfice nul ;
- sanctionner la présentation lorsqu'elle n'est pas l'objet de l'évaluation ;
- retirer le matériel adapté pour voir si cela va mieux sans lui ;
- attendre un diagnostic pour commencer à aménager. Les aménagements ne nuisent à personne, et le diagnostic prend des mois.
Un dernier mot
Les aménagements qui aident en cas de dyspraxie n'enlèvent rien aux autres. Une consigne claire, une feuille lisible, un temps annoncé : toute la classe y gagne. C'est souvent en partant d'un besoin très particulier que l'on améliore le cadre pour tout le monde.
Pour approfondir
- Association dyslexie Suisse romande (nouvel onglet) : la page consacrée à la dyspraxie, avec des documents à télécharger pour les enseignantes et les familles.
- Fédération française des Dys (nouvel onglet) : une présentation du trouble développemental de la coordination, le nom que la recherche emploie aujourd'hui.
- Dyspraxie France Dys (nouvel onglet) : une association de familles, utile pour comprendre ce que vivent les parents.