Dimanche, dix-neuf heures. Votre enfant a mal au ventre. Lundi matin, il a encore mal au ventre. Mercredi après-midi, il va très bien.
Vous avez remarqué la coïncidence, et vous ne savez pas quoi en faire. Soit vous le croyez et vous avez peur de vous faire avoir, soit vous ne le croyez pas et vous avez peur d'être injuste.
Je vais commencer par le plus important : ce mal de ventre est réel. L'anxiété produit de véritables symptômes physiques, qui font vraiment mal. Votre enfant ne joue pas la comédie.
Ce que vous voyez, et ce que ça veut dire
L'anxiété scolaire se voit rarement sous forme de peur déclarée. Elle se présente autrement.
Des maux de ventre ou de tête qui reviennent aux mêmes moments de la semaine. Un sommeil qui se dégrade le dimanche. Une irritabilité inhabituelle en fin de journée. Des questions répétées sur le lendemain. Et parfois, un enfant qui se tient parfaitement bien à l'école et s'effondre en rentrant, parce que la maison est le seul endroit où c'est possible.
Ce dernier cas est le plus difficile à faire entendre, parce que l'école vous dira en toute bonne foi que tout va bien. Les deux observations sont justes : il tient à l'école, et cela lui coûte tout ce qu'il a.
Pourquoi éviter soulage, et pourquoi cela ne règle rien
Voici le mécanisme qu'il faut connaître, et que personne n'explique aux parents.
Le matin où votre enfant reste à la maison, l'angoisse tombe d'un coup. Ce soulagement est immédiat et immense. Et le cerveau en tire une conclusion très simple : rester à la maison est la solution, donc l'école est bien le danger.
Chaque matin évité rend le suivant un peu plus difficile. Ce n'est pas une question de caractère, c'est ainsi que fonctionne l'anxiété chez tout le monde, adultes compris.
Cela ne veut surtout pas dire que vous avez eu tort de le garder à la maison un jour où il n'allait pas. Vous avez fait ce que ferait n'importe quel parent devant un enfant en détresse. Cela veut dire une seule chose, et elle est utile : plus l'absence dure, plus le retour coûte cher. Donc plus on agit tôt, moins c'est difficile.
Ce qui aide
- Trouver le point précis. Ce n'est presque jamais « l'école » en général. C'est la cantine, le vestiaire, le trajet en bus, le moment où il faut lire à voix haute, la récréation, ou une personne en particulier. Un enfant ne sait pas toujours le nommer d'emblée. Demandez-lui de raconter sa journée dans l'ordre, heure par heure, et regardez à quel moment sa voix change. Identifier ce point-là change tout, parce qu'on ne traite pas la même chose.
- Maintenir le lien avec l'école, même partiel. Si une journée entière est impossible en ce moment, une demi-journée, une heure, ou même passer chercher les devoirs vaut mieux que rien. Ce qui compte n'est pas la quantité, c'est que le lien ne se coupe pas. Quand l'absence se prolonge, la question devient celle du décrochage, et j'y ai consacré une vidéo à part.
- Préparer le matin la veille au soir. Les affaires prêtes, les vêtements sortis, le plan de la matinée dit à voix haute. Le matin, chaque décision à prendre est une occasion supplémentaire de basculer. Réduisez le nombre de décisions.
- Accueillir sans interroger. « Je vois que c'est dur ce matin » ouvre. « Mais pourquoi tu ne veux pas y aller ? » ferme, parce que l'enfant n'a pas la réponse et qu'il se sent en faute de ne pas l'avoir.
- Noter ce que vous observez, avec les dates. Quel jour, quelle heure, quel symptôme, ce qui s'était passé la veille. Cette matière vaut de l'or au moment où vous parlerez à l'école ou à un professionnel, qui ne voient votre enfant qu'une heure.
- Écarter la question du harcèlement. Il faut la poser, calmement, sans en faire un interrogatoire. Si c'est cela, ce n'est pas à votre enfant de s'adapter, et l'école doit être informée sans attendre.
Pour comprendre ce qui peut être mis en place du côté de la classe, j'ai consacré une vidéo entière à l'anxiété en milieu scolaire. Elle s'adresse aux enseignants, mais elle vous dira ce qu'il est raisonnable de demander.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- Promettre que « demain ça ira mieux ». Vous n'en savez rien, et l'enfant le sait.
- Négocier chaque matin à la porte. Décidez la veille, tenez le matin, discutez le soir.
- Dire « tout le monde y va, il faut y aller ». C'est vrai et c'est inutile : cela ajoute la honte à l'angoisse.
- Attendre que ça passe tout seul pendant des mois. Cela arrive, mais quand cela n'arrive pas, on a perdu le moment où c'était le plus simple.
- Parler de la situation devant lui comme d'un problème. Les enfants anxieux entendent tout, et ils entendent surtout qu'ils inquiètent leurs parents.
Parler à l'école sans que ça tourne mal
Arrivez avec une observation plutôt qu'avec une demande. « Il a mal au ventre tous les dimanches soir depuis six semaines » ouvre une discussion. « Il ne se sent pas bien dans sa classe » la ferme.
Demandez ce que l'enseignant voit de son côté, avant de raconter la maison. Parfois c'est la même chose et vous n'êtes plus seuls. Parfois c'est l'inverse, et cet écart est justement l'information la plus intéressante : un enfant qui tient toute la journée et lâche en rentrant dépense énormément.
Et posez une question ouverte plutôt qu'une exigence : « qu'est-ce qui serait possible, de votre côté, pour les moments les plus durs ? ». Les enseignants ont presque toujours une réponse, et ils la donnent plus volontiers quand elle n'est pas réclamée.
À qui s'adresser, selon où vous vivez
Les services existent partout, mais ils ne portent pas le même nom, et c'est pour cela qu'on ne les trouve pas.
En Suisse romande, cherchez le service de psychologie scolaire de votre canton, souvent gratuit et accessible directement par les familles. En France, le psychologue de l'Éducation nationale rattaché à l'établissement. En Belgique francophone, le centre psycho-médico-social, le CPMS, rattaché à l'école. Au Québec, les services complémentaires de l'école, psychologue ou psychoéducateur.
Dans tous les cas, l'enseignant de votre enfant sait vers qui vous orienter, et c'est souvent la porte la plus rapide. J'ai détaillé le parcours complet pour le canton de Vaud dans un autre article, qui donne une idée de la logique générale.
Un dernier mot
Je suis enseignante spécialisée, pas médecin ni psychologue. Je ne pose aucun diagnostic, et rien de ce qui précède n'en est un. Ce dont je parle, c'est de ce qui se joue à l'école, de ce qui se joue à la maison, et du lien entre les deux.
Si les symptômes durent depuis plusieurs semaines, si le refus devient total, ou si ce que votre enfant exprime vous inquiète, n'attendez pas : parlez-en à un professionnel. Demander de l'aide tôt n'est pas dramatiser, c'est simplement se donner plus d'options.
Et si vous voulez y voir clair sur votre situation avec quelqu'un qui connaît l'école de l'intérieur, je reçois les parents en visio (nouvel onglet). Vous trouverez ce que je propose aux familles sur cette page.
Pour approfondir
- Yapaka (nouvel onglet), programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles, met à disposition gratuitement des livres et des brochures pour les parents sur les questions d'enfance et de scolarité. Les textes sont courts, écrits par des professionnels, et téléchargeables librement.
- Naître et grandir (nouvel onglet), au Québec, propose des dossiers gratuits sur l'anxiété de l'enfant. Le site couvre surtout la période jusqu'à huit ans, ce qui en fait une bonne ressource pour les plus jeunes.