Il est dix heures. Un élève refuse d'ouvrir son cahier. Vous insistez, il repousse la table. Vingt-trois personnes regardent, et vous avez maintenant deux problèmes : le cahier, et le public.

C'est à ce moment précis que la plupart des punitions se décident, et c'est le pire moment pour décider quoi que ce soit.

Un comportement sert toujours à quelque chose

C'est la seule idée à retenir de cet article, et elle change tout le reste.

Un comportement difficile n'est pas du bruit, c'est un message mal formulé. Il poursuit presque toujours l'un de ces trois buts.

  • Obtenir quelque chose : de l'attention, même négative, une place, un objet, une réaction.
  • Échapper à quelque chose : une tâche trop difficile, une lecture à voix haute, un bruit insupportable, une humiliation anticipée.
  • Se réguler : décharger une tension physique ou émotionnelle qui ne trouve pas d'autre sortie.

La question utile n'est donc pas « comment le faire arrêter », mais « à quoi ça lui sert ». Un élève qui perturbe systématiquement au moment de l'écrit ne cherche pas à vous provoquer : il cherche à sortir de l'écrit. Tant que vous répondez à la provocation, vous ne traitez pas l'écrit.

Observez pendant une semaine, sans rien changer, et notez trois choses à chaque épisode : ce qui s'est passé juste avant, ce que l'élève a obtenu, et combien de temps ça a duré. La régularité qui apparaît est souvent gênante, parce qu'elle montre que le comportement fonctionne très bien pour lui. C'est aussi ce qui indique par où agir. Chez certains élèves, ces situations prennent une forme installée, et j'y ai consacré une vidéo sur les troubles de l'opposition.

Avant : ce qui évite les trois quarts des situations

Presque tout se joue là, et c'est la partie la moins spectaculaire.

Une organisation prévisible, des transitions annoncées, une tâche ajustée au niveau réel, un démarrage de séance que l'élève peut faire seul. Un élève qui sait quoi faire, qui en est capable, et qui sait ce qui vient ensuite n'a plus grand-chose à négocier. J'ai réuni ces points dans un article entier sur la classe hétérogène.

Deux ajouts spécifiques au comportement. D'abord, donnez de l'attention avant qu'elle ne soit réclamée : trente secondes en début de journée à l'élève concerné coûtent moins cher que vingt minutes de crise à onze heures. Ensuite, prévoyez une sortie honorable. Un élève qui peut aller boire, porter un message ou s'asseoir deux minutes au calme sans avoir à le mériter dispose d'une alternative à l'explosion.

Pendant : désamorcer

Quand c'est parti, l'objectif change. Vous ne cherchez plus à enseigner, vous cherchez à faire redescendre.

Moins de mots. Un élève en tension ne traite plus les phrases longues ; la parole devient du bruit qui ajoute de la pression. Une phrase courte, une voix basse, un rythme lent.

Moins de public. Approchez-vous, parlez à côté de lui plutôt que devant la classe. C'est le regard des autres qui rend le recul impossible : devant vingt-trois personnes, céder revient à perdre, et aucun enfant n'accepte de perdre.

Deux options plutôt qu'un ordre. « Tu peux commencer par l'exercice deux, ou aller t'asseoir deux minutes au calme » rend une part de contrôle sans rien abandonner sur le fond.

Et surtout : ne demandez aucune explication sur le moment. « Pourquoi tu as fait ça ? » exige une analyse de soi dont personne n'est capable en pleine tension, et transforme le désamorçage en interrogatoire. J'ai consacré une vidéo entière à la gestion de crise, parce que ces minutes-là s'apprennent.

Après : réparer plutôt que punir

Soyons honnêtes sur la punition. Elle fonctionne, mais pour l'adulte : elle arrête le comportement tout de suite et elle rend un peu de la dignité perdue devant le groupe. C'est exactement pour cela qu'on y revient, et ce n'est pas une faute professionnelle.

Ce qu'elle ne fait pas, c'est enseigner. Un élève puni sait qu'il a déplu. Il ne sait toujours pas quoi faire la prochaine fois, parce que la compétence qui lui manquait lui manque encore.

La reprise se fait à froid, vingt minutes plus tard ou le lendemain, jamais dans la minute. Trois questions suffisent : qu'est-ce qui s'est passé, qui a été gêné, qu'est-ce qu'on fait pour réparer. La réparation doit être concrète et proportionnée : remettre en état, s'excuser en privé, refaire le travail non fait. Elle rend l'élève acteur, ce que la sanction ne fait jamais.

Et dites clairement ce que vous attendez à la place. C'est la partie qu'on oublie presque toujours : nommer le comportement de remplacement, et l'enseigner comme on enseignerait une règle de grammaire. Beaucoup passe par la façon dont on parle à l'élève, et j'en ai fait une vidéo sur la communication en classe.

Ce qu'il vaut mieux éviter

  • Sanctionner devant la classe. Vous gagnez la minute et vous perdez la relation.
  • Menacer d'une conséquence que vous n'appliquerez pas. Une seule suffit à annuler toutes les suivantes.
  • Convoquer les parents comme une sanction. Ils deviennent alors une menace, et la collaboration est terminée.
  • Retirer la récréation. Vous retirez précisément le moment qui permettait de décharger.
  • Chercher à comprendre en pleine crise. Cela viendra, mais pas là.

Quand cela dépasse la classe

Certaines situations ne se règlent pas à l'échelle d'un adulte et d'un élève, et s'obstiner seul est le meilleur moyen de s'épuiser.

Quand un comportement revient malgré tout ce qui précède, il faut élargir le regard : ce qui se passe dans le groupe, entre les adultes, à la maison, dans l'histoire de l'élève. C'est le sens du regard systémique, auquel je tiens beaucoup et dont j'ai fait une vidéo : ce n'est pas l'élève qui pose problème, c'est une situation dans laquelle il occupe une place.

Concrètement : un plan écrit, deux objectifs maximum, les mêmes pour tous les adultes qui l'encadrent, revu toutes les trois semaines. Et les parents associés dès le début, pas convoqués quand tout est bloqué. Si vous voulez qu'on regarde une situation précise ensemble, voilà comment je travaille avec les équipes.

Un dernier mot

Aucun élève ne se lève le matin avec l'intention de rater sa journée.

Cela ne rend pas la situation moins difficile à vivre pour vous, et ce n'est pas une invitation à tout accepter. Un cadre ferme est ce qu'il y a de plus rassurant pour un élève qui perd le contrôle. Mais ferme ne veut pas dire punitif, et c'est toute la différence entre tenir une classe et la contenir.

Pour approfondir

  • Yapaka (nouvel onglet), programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles, publie des livres courts et gratuits écrits par des professionnels, dont un intitulé « Un enfant difficile a toujours quelque chose à nous dire ». Téléchargeables librement.
  • Le CTREQ (nouvel onglet), au Québec, met à disposition gratuitement des répertoires de pratiques sur la gestion des comportements et le climat de classe, appuyés sur la recherche.