Une école française à l'étranger accueille un élève dyslexique. Pas de service de psychologie scolaire à trois rues, pas de MDPH dans le pays, pas de centre PMS, pas de réseau de logopédistes conventionnés. Parfois, aucun professionnel francophone à cent kilomètres.
L'équipe se retrouve seule, et elle a souvent l'impression qu'elle ne peut rien faire tant qu'un dossier n'existe pas.
C'est faux, et c'est même l'inverse. Voici ce qui est possible.
Trois documents sur quatre ne demandent aucune MDPH
Le ministère de l'Éducation nationale prévoit explicitement quatre dispositifs pour les élèves à besoins éducatifs particuliers scolarisés dans un établissement français à l'étranger.
Le PPRE, programme personnalisé de réussite éducative, pour un élève qui risque de ne pas maîtriser les compétences attendues en fin de cycle. Décidé par l'équipe pédagogique.
Le PAP, plan d'accompagnement personnalisé, pour les troubles des apprentissages, les dys en particulier. C'est celui qui couvre la majorité des situations, et il porte sur des aménagements de nature pédagogique.
Le PAI, projet d'accueil individualisé, pour les troubles physiques ou psychiques sur une longue période.
Le PPS, projet personnalisé de scolarisation, réservé aux situations de handicap reconnues par la MDPH.
Retenez la ligne qui compte : seul le PPS passe par la MDPH. Les trois autres se décident dans l'établissement. Un élève dyslexique n'a donc besoin d'aucun dossier français pour obtenir du temps supplémentaire, des documents adaptés et une évaluation ajustée.
C'est la chose que je répète le plus souvent aux équipes du réseau, et c'est celle qui débloque le plus de situations.
Ce qui change selon la nationalité de l'élève
Ce point est mal connu, et il structure tout le reste.
Pour un élève français, la MDPH reste accessible depuis l'étranger. L'évaluation se fait auprès de la MDPH du département choisi, et c'est la CDAPH qui décide de l'orientation et des aménagements. Le PPS est donc possible, même à dix mille kilomètres.
Pour un élève de nationalité étrangère, il n'y a pas de MDPH. C'est alors la direction de l'établissement qui analyse les besoins, en s'appuyant sur les structures et les compétences médicales locales, et qui coordonne les adaptations.
Cette différence ne change rien à ce qu'on met en place en classe. Elle change qui décide, et à quel rythme. Dans les deux cas, les aménagements pédagogiques ne dépendent d'aucune reconnaissance administrative.
L'accompagnement humain, et son montage particulier
C'est le point le plus technique, et celui sur lequel les directions se trompent le plus souvent.
À l'étranger, l'accompagnant n'est pas recruté par l'État. C'est la famille qui le recrute et qui le rémunère. L'AEFE peut toutefois financer cette aide, sans condition de ressources, après validation du poste consulaire.
Trois documents formalisent le montage : une convention entre les parents et l'accompagnant, une convention tripartite entre l'établissement, les parents et l'accompagnant, et la notification de la MDPH.
Anticipez les délais. Entre la demande d'évaluation, la décision de la CDAPH et la validation consulaire, on ne compte pas en semaines. Une famille qui démarre la démarche en juin pour la rentrée de septembre sera déçue.
Ce que l'équipe peut faire sans attendre personne
Et c'est beaucoup.
Écrire, sur une page, ce qui est mis en place pour chaque élève concerné, et le faire circuler auprès de tous les enseignants qui l'ont, y compris ceux qui ne le voient qu'une heure par semaine. Dans un réseau où le turnover des enseignants est élevé, c'est ce document qui évite à l'élève de tout recommencer chaque rentrée.
Désigner un référent, même à temps très partiel. Pas un expert : quelqu'un qui centralise, qui suit et qui relance. C'est le poste qui produit le plus d'effet pour le moins d'heures.
Faire monter l'équipe en compétence plutôt qu'attendre une ressource extérieure qui n'existe pas localement. Ce qu'un enseignant apprend reste dans l'école, même quand il part.
Et se rappeler qu'une grande partie de ce qui aide un élève dys ou TDAH ne relève d'aucune procédure : des documents aérés, une consigne à la fois, du temps annoncé à l'avance, une évaluation qui ne sanctionne pas deux fois la même difficulté.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- Attendre un diagnostic pour aménager. Les délais sont plus longs à l'étranger, pas plus courts.
- Copier la procédure du pays d'accueil. Votre établissement suit le cadre français, et les deux systèmes ne se superposent pas.
- Laisser une famille monter seule le dossier d'accompagnement humain. Le montage est particulier, et une erreur coûte une année.
- Promettre un dispositif qui dépend d'un financement non validé.
- Traiter la question au cas par cas, sans écrire de cadre commun. Chaque nouvelle rentrée repart alors de zéro.
Les appuis qui existent dans le réseau
L'AEFE a structuré ce sujet, et beaucoup d'établissements l'ignorent.
Un observatoire des élèves à besoins éducatifs particuliers suit ces questions à l'échelle du réseau et publie des orientations.
Un guide d'autoévaluation, QUALINCLUS, permet à un établissement de faire son propre état des lieux : ce qui est en place, ce qui manque, par quoi commencer. C'est un bon point de départ pour une équipe de direction qui veut structurer sans savoir par où prendre le sujet.
Un dernier mot
Les écoles françaises à l'étranger accueillent souvent des élèves à besoins particuliers avec moins de ressources que partout ailleurs, et avec des équipes qui changent vite.
Ce qui manque dans ces situations n'est presque jamais la bonne volonté. C'est un regard extérieur, et quelqu'un qui connaît le cadre.
Je travaille en visio, partout dans le monde francophone, et c'est précisément pour ce type de situation que cette modalité existe. Voilà comment je travaille avec les équipes.
Pour approfondir
- La circulaire du ministère de l'Éducation nationale (nouvel onglet) sur les élèves à besoins éducatifs particuliers scolarisés dans un établissement français à l'étranger précise les quatre dispositifs, les compétences respectives et le montage de l'accompagnement humain. C'est le texte de référence.
- L'AEFE (nouvel onglet) réunit son dossier École inclusive, les travaux de l'observatoire et le guide d'autoévaluation QUALINCLUS, tous en accès libre.