« Il faut monter un dossier MDPH. » C'est la phrase qu'entendent la plupart des familles françaises dès qu'une difficulté scolaire est repérée, et elle est fausse une fois sur deux.

Il existe en France quatre plans différents. Un seul passe par la MDPH. Les trois autres se décident à l'école, beaucoup plus vite, et ce sont eux qui couvrent la majorité des situations.

Le socle : la loi de 2005

La loi du 11 février 2005 pose le principe qui structure tout le reste : chaque enfant est inscrit dans l'école de son quartier, son établissement de référence, quelles que soient ses difficultés.

Le changement d'échelle est considérable. On comptait environ 130 000 élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire en 2005 ; ils sont aujourd'hui autour de 560 000. C'est cette progression, et non un relâchement, qui explique la tension que décrivent les équipes.

Quatre plans, quatre portes d'entrée

C'est le tableau que tout enseignant et tout parent devrait avoir en tête.

  • Le PPRE, programme personnalisé de réussite éducative. Difficulté scolaire ordinaire, sans trouble identifié. Décidé par l'équipe pédagogique. Aucun diagnostic, aucune démarche extérieure. C'est le plus rapide, et le plus oublié.
  • Le PAP, plan d'accompagnement personnalisé. Pour les troubles des apprentissages, les dys en particulier. Demandé par la famille ou proposé par l'école, avec l'avis du médecin de l'Éducation nationale. Il ne passe pas par la MDPH. C'est le point que je répète le plus souvent aux familles françaises : un enfant dyslexique n'a pas besoin d'un dossier MDPH pour obtenir du temps supplémentaire et des documents adaptés.
  • Le PPS, projet personnalisé de scolarisation. Celui-ci passe par la MDPH, et c'est la CDAPH qui le décide. Il concerne les situations reconnues comme relevant du handicap, et c'est lui qui ouvre les aides humaines et l'orientation vers certains dispositifs.
  • Le PAI, projet d'accueil individualisé. Pour les questions de santé : allergie, traitement à prendre, pathologie chronique. Passe par le médecin scolaire, et ne concerne pas les apprentissages.

Si vous ne deviez retenir qu'une ligne : le PAP pour les troubles des apprentissages, le PPS pour le handicap reconnu. Confondre les deux fait perdre des mois.

Les dispositifs, et ce qui les déclenche

L'AESH, accompagnant d'élève en situation de handicap, est attribué dans le cadre d'un PPS, donc après décision de la MDPH. Ils sont plus de 140 000, et le nombre continue d'augmenter.

L'ULIS, unité localisée pour l'inclusion scolaire, est un dispositif au sein de l'établissement, pas une classe à part : l'élève est inscrit dans une classe ordinaire et bénéficie de temps en petit groupe. L'orientation relève de la MDPH.

La SEGPA relève d'une autre logique, celle de la difficulté scolaire grave et persistante, et son orientation ne passe pas par la MDPH.

Le médico-social, IME, ITEP et structures apparentées, accompagne les situations les plus lourdes, de plus en plus souvent sous forme de dispositifs articulés avec l'école plutôt que de placements.

Où en est la réforme, à l'automne 2026

Cette section est datée exprès, parce qu'elle bougera.

Les PIAL, pôles inclusifs d'accompagnement localisés, sont progressivement remplacés par les PAS, pôles d'appui à la scolarité. Environ 1 500 sont déployés à la rentrée 2026, et une circulaire du 1er septembre 2025 a fixé leur cadre national.

L'idée est de disposer, à l'échelle d'un secteur, d'une équipe ressource capable de répondre vite, sans attendre une notification, et d'appuyer les enseignants autant que les élèves. C'est un changement de logique intéressant : on passe d'un droit qui s'ouvre après une procédure à un appui qui s'active sur constat.

Le livret de parcours inclusif, outil numérique qui centralise les aménagements d'un élève, accompagne ce mouvement et se généralise rapidement.

Ce que ça veut dire pour une école privée

Dans une école sous contrat, les plans et dispositifs décrits ci-dessus s'appliquent comme ailleurs.

Dans une école hors contrat, la situation est différente et varie selon les départements. Renseignez-vous directement auprès de la MDPH de votre département plutôt que de vous fier à ce qui se dit : c'est la seule réponse fiable.

Dans les deux cas, une chose ne dépend d'aucune procédure : ce que l'équipe met en place elle-même. Écrire sur une page les aménagements retenus pour chaque élève, et faire monter l'équipe en compétence, produit des effets immédiats et ne demande l'autorisation de personne. C'est d'ailleurs ce que je fais le plus souvent dans les écoles.

Ce que je vois sur le terrain

Le système français est le plus documenté et le plus procédurier des quatre dont je parle sur ce site. Cela a un avantage réel : les droits sont écrits, opposables, et ne dépendent pas de la bonne volonté d'un établissement.

Cela a aussi un coût : les délais, et le fait que beaucoup d'équipes attendent une notification pour agir. Or la quasi-totalité de ce qui aide un élève au quotidien relève du PPRE ou du PAP, c'est-à-dire de décisions internes à l'école.

Le décalage le plus fréquent que je rencontre est là : des familles qui attendent la MDPH depuis un an, dans une classe où rien n'a été mis en place entre-temps, alors que rien n'empêchait de commencer.

Un dernier mot

Quatre plans, deux portes. L'école pour le PPRE et le PAP, la MDPH pour le PPS. Le PAI ne concerne que la santé.

Et dans tous les cas : les aménagements de classe ne dépendent pas d'un papier, ils dépendent de ce que l'élève n'arrive pas à faire. Cela se constate dès la première semaine.

Si vous dirigez un établissement et que vous voulez organiser cela chez vous, voilà comment je travaille avec les équipes.

Pour approfondir

  • Le portail handicap.gouv.fr (nouvel onglet) présente l'école inclusive côté officiel : la loi de 2005, le rôle de la MDPH et de la CDAPH, les AESH et l'avancement des pôles d'appui à la scolarité.
  • Éduscol (nouvel onglet), le portail du ministère de l'Éducation nationale, réunit les ressources destinées aux enseignants accueillant des élèves à besoins éducatifs particuliers, dont le livret de parcours inclusif et la plateforme Cap école inclusive, en accès gratuit.